On est condamné à ne rien comprendre à la vie des moines si l'on n'admet pas d'abord que l'homme a été créé par Dieu pour la vie éternelle, qui consiste dans la contemplation et l'amour de la Sainte Trinité.
C'est pour sauver l'homme du malheur et le conduire au Ciel que le Verbe s'est fait chair et qu'il a fondé son Eglise. La vie de l'Eglise sur terre est toute tendue vers l'éternité. En pèlerinage ici-bas, elle attend maintenant avec patience le jour où "la justice sera changée en jugement" (Ps. 93) et où, grâce à sa sainteté, elle possédera, par une suprême victoire et dans une paix parfaite, la stabilité de l'éternelle demeure." (S.Augustin, La Cité de Dieu, Prologue)
Durant le pèlerinage terrestre l'idéal chrétien est diversement vécu, plus ou moins mélangé, voire compromis, par les conditions de la vie en ce monde, mais "c'est le même Esprit qui agit en tout et qui distribue ses dons à chacun." (I Cor. 12,11)
La force de salut et l'élan de l'Eglise vers l'éternité requièrent que certains de ses membres vivent cet idéal de manière absolue, en toute pureté et simplicité. Monoj signifie "un", "simple". Les moines sont simplifiés, unifiés. "Ils exercent de façon pure le culte, c'est-à-dire le service de Dieu, et leur vie, loin d'être divisée, demeure parfaitement une: ils s'unifient eux-mêmes par un saint recueillement qui exclut toute diversion, pour tendre vers l'unité d'une existence conforme à Dieu et vers la perfection de l'amour divin." (Denys l'Aréopagite, La hiérarchie ecclésiastique, c.6) Là-dessus saint Benoît est direct et formel, quand le postulant se présente au monastère: examine avec soin si le novice cherche vraiment Dieu. L'âme religieuse - dit saint Bernard - ne cherchera rien comme Dieu, rien avant Dieu, rien après Dieu, rien à la place de Dieu, rien avec Dieu, rien en dehors de Dieu.
L'existence du moine est nécessaire pour que l'Eglise continue de tendre vers la vie éternelle et d'y conduire les hommes.
Ses membres sont interdépendants les uns des autres comme l'explique S.Paul: "vous êtes le Corps du Christ, membres les uns des autres." (I Cor. 12,27) Les moines ne sont pas seulement "utiles" pour obtenir des grâces par leurs prières et leurs sacrifices. Ils sont à la fois l'exemple extérieur et la force immanente de la vie chrétienne. C'est des moines que l'Eglise dans son ensemble et chaque chrétien en particulier reçoivent l'impulsion qui les conduit à l'éternité. Le monastère est, en conséquence, une "école du service du Seigneur", un lieu de Paix divine et de restauration des âmes; il dispense la lumière divine à l'ensemble de l'Eglise
Tout ce que l'on pourrait ajouter sur l'utilité des moines quant à l'apostolat, l'art liturgique, la science, la haute culture intellectuelle, les œuvres sociales et la civilisation en général serait tout à fait juste, mais à côté de l'essentiel.