Medaille de Saint Bénoît

Cor Mariæ

TABLE DE NAVIGATION DANS LE DOCUMENT
Introduction
Marie corps et âme
La sainteté première et fondamentale de la Vierge
Le rôle de la Vierge dans le mystère du Salut
Le cœur de Marie et sa plénitude de vie surnaturelle

Introduction

Les apparitions de Fatima établissent un lien nécessaire entre la sauvegarde de la Chrétienté et le triomphe du Coeur Immaculé de Marie:. Mais la dévotion au Cœur Immaculé ne date pas de ces aparitions, ni même du XVII° siècle, avec S. Jean Eudes. En effet, après la mort du dernier Apôtre l’Eglise ne reçoit plus de nouvelle Révélation, elle « garde et expose fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres ».Le Cœur Immaculé de Marie n’est pas une nouveauté ni un mystère que l’Eglise aurait ignoré jusqu’à ces derniers temps. Et le Moyen-Age est particulièrement riche de cette dévotion. Citons par exemple une mystique du XIII° siècle, sainte Mechtilde de Hachenborn (+1298) : Au temps de l'Avent, comme elle désirait offrir ses hommages à la bienheureuse Vierge Marie, le Seigneur lui enseigna ce qui suit: Salue le Coeur virginal de ma mère, à cause de la surabondance de tous biens qui l'ont rendu si secourable aux hommes; ce Coeur était si pur qu'il a émis le premier voeu de virginité; salue ce Coeur à qui son humilité a mérité de concevoir du Saint?Esprit; ce Coeur très brûlant d'amour envers Dieu et envers le prochain; ce Coeur qui a si fidèlement conservé en lui?même toutes les actions de mon enfance et de ma jeunesse; ce Coeur qui a été transpercé dans ma Passion par des stigmates dont il ne put jamais perdre le souvenir; ce Coeur très fidèle, car il consentit à l'immolation de son Fils unique pour la Rédemption du monde; ce Coeur sans cesse incliné à intercéder pour le bien de l'Eglise naissante; enfin salue ce Coeur tout adonné à la contemplation et qui, par ses mérites, obtint la grâce pour les hommes.

Marie corps et âme. Le matérialisme considère le corps humain comme un agrégat d’organes assemblés selon des lois physiologiques et… interchangeables. Au contraire, la simple philosophie de la nature regarde le corps humain, dans son unité d’être et de vie, comme un tout dont l’âme est le principe. Cette âme est immédiatement unie au corps et indistinctement présente à toutes ses parties comme leur principe de vie et d’existence. L’homme est totalement corps et âme ; il n’est pas un assemblage de parties, à la manière d’une machine. Cette même âme immortelle est le principe de vie et d’existence de l’ensemble de la personne humaine. Il n’y a pas une âme pour la vie du corps et une autre pour la vie spirituelle, mais une seule âme. Tout membre du corps, quel qu’il soit, contient l’âme comme l’âme le contient. Tant qu’il est vivant il est inséparable de la personne. Les signes de vénération que l’on exprime envers un membre se rapportent donc à tout le corps et à la personne même.
Le cœur est l’organe fondamental et premier de la vie corporelle. Bien que la tête ait une prééminence du point de vue de la sensibilité, c’est le cœur qui est la source de la vie. Il résume en lui toute la vie physique et psychologique - pas seulement l’amour - , dont l’âme est le principe propre invisible et immatériel. L’âme se manifeste davantage dans la tête du point de vue de la sensibilité ; cependant c’est bien le cœur qui la représente le mieux du point de vue de l’ensemble de la vie. L’estimation commune voit dans l’arrêt du cœur le signe indubitable de la mort. Le coeur est le premier organe à se mouvoir, le dernier à mourir, primum movens et ultimum moriens. Non seulement le cœur est le symbole de ce qu’il y a de plus intérieur et de plus fondamental dans la personne, mais il vit, il est animé, il existe par l’âme subsistante et immortelle.
Au delà de la vie physique et psychique, qui nous est commune avec tous les animaux, il y a la vie proprement humaine, d’intelligence et de volonté, de connaissance et d’amour, qui a proprement son siège dans l’âme et non dans le corps.
Si donc le cœur est principe organique et matériel de la vie du corps, il est aussi manifestation et symbole de toute la vie de la personne, y compris sa vie intérieure et spirituelle, naturelle et surnaturelle. Ne parle?t?on pas de coeurs généreux, de coeurs pusillanimes, de grands coeurs, de coeurs de pierre? Les Pères et auteurs sprirituels parlent du cœur comme de la partie la plus intérieure de l’âme, invitant le chrétien à quitter le monde extérieur, le monde de son imagination et même de ses représentations intellectuelles, pour entrer dans le sanctuaire de son âme où Dieu est présent.
Enfin, l’âme étant non seulement principe des activités, mais encore principe de la nature du corps (c’est par l’âme que le corps est un corps humain) et de son être même, le cœur réprésente la personne dans son être et son individualité même.
C’est pourquoi nous ne séparons pas le cœur physique de la très sainte Vierge, vivant aujourd’hui glorieusement au ciel, de son âme et de toute sa personne. Le Cœur de Marie est inséparablement son cœur physique, sa vie intérieure et sa personne dans ce qu’elle de plus profond et de plus fondamental.

La sainteté première et fondamentale de la Vierge, ce qui fonde le culte que nous avons envers elle, est sa maternité divine. Marie a engendré la nature humaine de Jésus-Christ; ce qui est né d'elle n'est qu'une nature humaine, comme la nôtre. Mais celui qui est né d'elle n'est pas une personne humaine, il est le Verbe de Dieu. Marie est immédiatement unie à la personne du Verbe de Dieu de manière suprême; il ne peut y avoir d'union au Verbe supérieure à celle de Marie, si ce n'est l'union hypostatique, union d’une nature humaine dans la personne du Verbe. Sous le Christ, Verbe Incarné, Marie est au sommet de tout l'ordre surnaturel, au sommet de tout l'Univers. Son union avec le Verbe est la plus grande qui se puisse concevoir. Elle n'est pas seulement une union ce connaissance et d'amour, mentale ou spirituelle ? ce qui est le cas de tous les saints. C’est selon sa personne même que Marie est unie au Verbe de Dieu. Sa maternité engage toute sa vie, aussi bien physique que spirituelle. Tout son être, toute sa personne est essentiellement reliée au Verbe de Dieu. Son Coeur, son Coeur de chair est donc lui aussi uni au Verbe. Le Père a envoyé dans le Coeur et le sein de la Vierge très fidèle la substance même du Verbe éternel conçu dans son propre Coeur, engendré avant les siècles de son propre Cœur (Rupert de Deutz (+1135)). En ce Coeur nous 'voyons' donc la suprême union d'une personne créée avec le Créateur. Et l'aspect physiologique n'en est que le moindre, bien qu'il ne soit pas à négliger: dans la mesure où le coeur est un principe organique de toute la vie physiologique, le Coeur de Marie fut principe de la génération corporelle du Christ. Et ce Coeur continue de vivre et de battre, au sens le plus physique du terme, dans la gloire du Ciel où se trouve le corps de Marie depuis l'Assomption. Il participe donc à la gloire de ce corps.

C’est dans cette union ineffable que réside le mystère du Cœur de Marie. Or ce Verbe nous a révélé sa vie divine intime et a donné à son Eglise de l’exprimer dans des formules humaines, forcément déficientes et néanmoins rigoureusement exactes. La Tradition nous enseigne que le Saint-Esprit procède de l’amour du Père et du Fils. Le Fils reçoit du Père d’être avec lui principe du Saint-Esprit, et, en conséquence la mission du Saint-Esprit dans les créatures suit celle du Fils. La mission du Fils précède la mission du Saint?Esprit selon l'ordre de nature: de même que selon l'ordre de nature le Saint?Esprit procède du Père et du Fils comme amour. De par son union maternelle au Verbe Notre Dame est le sanctuaire du Saint-Esprit (office de la sainte Vierge le Samedi) car le Saint-Esprit lui a été envoyé et repose sur elle de manière spéciale (Raoul l’Ardent, XI° siècle) .

De plus, le rôle de la Vierge dans le mystère du Salut, ne s’arrête pas à l’instant de l’Incarnation, car le Verbe se l’est choisie comme coadjutrice et associée dans son œuvre : la bienheureuse Vierge n’a pas été prise simplement comme servante par le Seigneur, mais comme associée et comme aide selon cette parole de la Genèse : faisons-lui une aide semblable à lui-même (S. Albert le Grand). Eve, mère des vivants, nous a engendrés à la mort ; la nouvelle Eve nous engendre à la vie. La vie même est entrée dans le monde par la Vierge Marie, pour qu’elle donnât le jour au vivant et soit la mère des vivants. (S. Epiphane) Elle est la mère des membres du Christ, que nous sommes ; car elle a coopéré par la charité à ce que naquissent dans l’Eglise les fidèles qui sont les membres de cette tête dont elle est la mère .(S. Augustin) S. Anselme s’adresse à elle en ces termes : Tu es la mère de la justifications et des justifiés, mère de la réconciliation et des réconciliés, mère du salut et des sauvés. O bienheureuse confiance ! O refuge assuré ! La Mère de Dieu est notre mère. C’est par la Vierge que nous sommes frères de Jésus-Christ , que nous participons à la filiation divine de Jésus-Christ, devenus fils adoptifs du Père.
Or cette filiation s’opère par une mission du Saint-Esprit. selon le don de la Charité se produit la mission du Saint?Esprit. (S. Thomas d’Aquin) Le principe de la grâce habituelle, qui est donnée avec la Charité, est le Saint?Esprit, dont on dit qu'il est envoyé, selon qu'il habite dans l'esprit de l'homme par la Charité (S. Thomas d’Aquin). L'Incarnation, mission du Fils, est accomplie et diffusée dans l’Eglise et dans les chrétiens par la mission du Saint?Esprit: La Charité de Dieu a été diffusée dans nos coeurs par le Saint?Esprit qui nous a été donné. (Romains, 5,5) C’est ce que le Christ avait annoncé à ses Apôtres : Je ne vous laisserai pas orphelins: je viendrai vers vous. (Jean, 14,18) Comment ? Lorsque viendra cet Esprit de vérité, il vous enseignera toute vérité: [...] Il me glorifiera, car c'est de moi qu'il recevra, et il vous l'annoncera. (Jean 16, 13?14) Parce que vous êtes ses fils, Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils ( Galates, 4,6)
Nous devenons fils de Dieu à la fois par la maternité spirituelle de la Vierge, et par la mission du Saint-Esprit. La Vierge a été choisie par Dieu comme Mère du Christ et Mère des chrétiens, et donc comme sanctuaire et instrument du Saint-Esprit. Le cœur de Marie est icône et organe du Saint-Esprit.

De cette unité personnelle au Verbe et à l’Esprit-Saint découle dans le cœur de Marie une plénitude de vie surnaturelle. C'est une flêche de choix de l'amour du Christ, qui ne se borna pas à atteindre l'âme de Marie mais la perçat de part en part, afin qu'aucune parcelle de son coeur virginal ne restât vide d'amour et que de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa force elle aimât et fût pleine de grâce. (S.Bernard) Marie est revêtue du Christ, comme le fer est revêtu d'un feu brulant: car Dieu est un feu consummant. Qui donc douterait que le Coeur de la Vierge fut enflammée par ce feu, alors qu'il était revêtu d'un tel manteau. (Richard de Saint-Laurent) C’est de cette plénitude de grâce que procède son fiat. Vraiment la foi et le consentement à l'Incarnation, par lesquels a commencé le Salut du monde, ont procédé du Coeur de la bienheureuse Vierge; son Coeur s'est trouvé digne, entre toutes les créatures, de recevoir en premier le Fils unique de Dieu procédant du Coeur du Père: le Coeur du Père a produit la sainte parole, qui a été reçue du sein du Père dans le sein de la Vierge (Richard de Saint-Laurent) Marie fut plus heureuse de porter le Christ dans son Coeur que de le porter dans sa chair. […] C est pourquoi la parenté maternelle n'aurait été d'aucun profit pour Marie si elle n'avait porté le Christ plus heureusement dans son Coeur que dans son corps. (S.Augustin) Sans toi qu'ai?je voulu sur terre? ... Je n'ai désiré rien d'autre que de te voir, o mon unique Seigneur, toi que j'ai aimé ... que j'ai cherché de tout mon Coeur ... Mon Coeur et ma chair ont défailli d'amour: tu es le Dieu de mon Coeur. Ainsi Radbert fait il parler Marie dans un sermon sur l'Assomption.

On doit noter que l'amour de Marie est simultanément théologal et maternel. Elle a nourri et choyé la chair du Christ au point d'en oublier l'amour de sa chair pour l'amour de la chair de son fils; elle répandit toutes les affections de son Coeur pour subvenir aux nécessités de son enfant, en sa naissance, en son allaitement, en ses vagissements et en sa croissance. (Alain de Lille) Qu'y a-t-il dans la nature, de plus fort que l'amour maternel ? En Marie, l'amour théologal envers Dieu, et l'amour maternel envers Jésus, ont un seul et même objet. Qui pourra nous dévoiler les secrets de ton Coeur, ô excellente et très aimable Vierge Marie. De quelle manière admirable tes pensées se portaient vers un double objet: tenant en tes mains celui qui était à la fois le Fils de Dieu et le tiens, tu l'adorais comme Dieu très haut, et tu l'embrassais comme ton enfant chéri. (Denys le Chartreux (+1471)
Par le feu du Saint-Esprit son coeur se fondit dans l'amour de son Créateur et s'y dissout, au point qu'elle méritât de concevoir corporellement dans son sein, et de mettre au monde celui qui est vrai Dieu et vrai homme, celui que son âme embrasse d'un amour spirituel ineffable et incomparable aux amours de tous les hommes. (Godefridus de Wemmingen)



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