L'église est le lieu sacré où se déroule le mystère liturgique. Elle symbolise l'Église Corps mystique du Christ. Les bâtisseurs ne font donc pas une oeuvre personnelle, expression de leur subjectivité, mais une oeuvre soumise au divin exemplaire: le Christ et son Corps Mystique. Le respect de la tradition et du mystère est ici de règle, à l'encontre de tout sentimentalisme ou individualisme. Cela explique l'unité de l'art roman.
Le plan de l'église est déterminé en fonction du mystère sacré qu'elle représente. L'Église est ordonnée et hiérarchique. Les parties de l'église sont réservées aux divers degrés qui composent cette Église: la nef aux fidèles, le chœur au clergé et aux moines, l'abside aux officiants. Le plus souvent un transept déborde la nef, de manière à former une croix.
La porte représente le Christ qui est la porte par laquelle il faut entrer dans la bergerie. L'autel est le centre spirituel de l'édifice. Symbole du Christ, il est au centre de l'abside, comme entre ciel et terre. Le sanctuaire est surélevé par rapport à la nef et voûté plus bas. Grâce au jeu subtil des ouvertures qui dose l'ombre et la lumière, il est davantage illuminé que le reste de l'église car tous les regards doivent converger vers lui.
L'église est orientée : le soleil levant symbolise le Christ, Dieu qui donne la vie et qui illumine. Tout l'assemblée est ainsi tournée vers l'Est, y compris le célébrant qui, pendant le Saint Sacrifice, se tient debout, devant l'autel, comme médiateur entre Dieu et les hommes. Pour qui comprend la nécessité de l'orientation de la prière, la liturgie face au peuple est un non-sens.
La perfection de l'architecture romane réside dans son ordonnance au symbolisme liturgique. Elle est immédiatement lisible dans toutes ses parties et rien n'y est rajouté ni caché. Il n'y a aucune superstructure factice. Pas de démonstration grandiose, pas de prouesse technique mais une humble soumission de l'intelligence au mystère sacré. "Ma maison est une maison de prière."