Pourquoi la Vierge a-t-elle dans la vie de l’Eglise une telle importance ? Pourquoi cette dévotion spéciale et ces fêtes solennelles, dont la plus grande est celle de l’Assomption, qui domine toute cette période de l’année liturgique ? Essayons de découvrir l’intention divine sur elle, la place de la Vierge dans le dessein de Dieu. Quelle fonction Dieu lui a-t-il donnée dans son œuvre ?
« Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme. » (Galates, 4,4) . C’est en naissant d’une femme, c’est en étant formé à partir du corps d’une femme, que le Fils de Dieu devint notre Sauveur, étant solidaire de l’humanité pécheresse. Le Verbe de Dieu, pour assumer les misères de notre humanité et en expier le péché, devait nécessairement naître d’une femme.
« S’étant fait un corps à partir d’une femme, et ayant été engendré d’elle selon la chair, il a récapitulé en lui la génération de l’homme : il est devenu un avec nous selon la chair, lui qui était engendré du Père dans l’éternité. Telle est la confession de foi que nous ont transmise les Saintes Ecritures. » (S. Cyrille d’Alexandrie) . De même S. Hilaire : « Le Fils de Dieu est né de la Vierge pour le salut du genre humain […] de la Vierge il a reçu en lui-même la nature de chair, et par la réunion de ce mélange (admixtionis societatem) le genre humain tout entier a constitué un corps sanctifié. »
C’est donc par la Vierge que le Verbe de Dieu est source du salut, source de vie. C’est pourquoi Marie tient auprès du Christ le rôle qu’Eve tenait auprès d’Adam : comme Adam et Eve sont au principe de l’humanité, le Christ et la Vierge sont au principe de l’humanité re-créée et sauvée. Le parallèle entre le protévangile (Genèse, 3,1-20) et le récit de l’Annonciation (Luc, 1,26-38) est frappant.
Eve, qui était alors vierge, se soumit à l’invitation du serpent, qui est l’ange des ténèbres. Elle fit alors succomber Adam et le rendit auteur de la ruine de tout le genre humain. Désormais tous les enfants qui naîtraient de l’homme par la coopération de la femme hériteraient du péché originel.
A l’inverse, la Vierge Marie obéit à l’invitation de l’ange Gabriel, le divin messager : Fiat mihi secundum verbum tuum. Par elle le Verbe de Dieu se fait chair, Verbum caro factum est, et devient alors auteur du salut du genre humain. Désormais une nouvelle humanité naît de l’union mystique du Christ et de la Vierge. Marie est la nouvelle Eve, Jésus-Christ est le nouvel Adam. Telle est, brièvement résumée, la doctrine des saints Pères. Nous y trouvons la source de tout le mystère de Marie.
Donnons-en maintenant l’expression qu’elle trouve dans leurs écrits:
-« La Vierge Marie est devenue l’avocate de la vierge Eve. De même que le genre humain a été destiné à la mort par une vierge, ainsi est-il sauvé par une vierge. » « Eve est restaurée en Marie. La Vierge, devenant avocate de la vierge, détruit et abolit la désobéissance virginale par l’obéissance virginale. » (S. Irénée)
-« Marie et Eve sont posées dans la balance ; l’une est l’origine de notre mort, l’autre de notre vie. » « Eve, mère de tous les vivants, est devenue source de mort pour l’ensemble des vivants. D’Eve, la vieille vigne, a germé une nouvelle vigne, habitée par notre Vie. » « A la place du serpent s’est levé Gabriel, à la place d’Eve, la vierge Marie […]. Eve est devenue débitrice à l’égard de Dieu […] c’est pourquoi par une vierge le salut a été envoyé au monde […]. Eve a contracté la dette, la Vierge a soldé cette dette […] ; Eve était tombée, Marie l’a rétablie, et l’espérance a été donnée aux exilés qui devaient rentrer réconciliés dans l’Eden. » (S. Ephrem)
-« L’une a suivi le conseil du serpent, l’autre a donné le meurtrier du serpent et a engendré à la lumière l’auteur de la lumière. L’une a apporté le péché par le bois, l’autre a apporté la grâce par le bois. » (S. Grégoire de Nysse)
« Le Christ a vaincu le diable par le même moyen dont le diable s’était servi pour nous dominer. […] Vois-tu comment la vierge, le bois et la mort ont été les symboles de notre désastre ? Vois donc comme ces mêmes choses sont les causes de notre salut. Marie à la place d’Eve… » (S. Jean Chysostome)
-« L’ange est envoyé pour l’ange […] et la femme est choisie pour la femme. » « De même que la malédiction et le deuil ont été par l’une et par l’un, ainsi maintenant par l’un et par l’une la bénédiction et la joie. » (S. Jean le Géomètre)
-« La malédiction a été brisée. La mort est venue par Eve, la vie par Marie. » « Et maintenant le monde entier a été sauvé par une femme. Eve te vient à l’esprit, mais pense à Marie : l’une nous a chassés du paradis, l’autre nous reconduit au ciel. » (S. Jérôme)
-« Ne nous étonnons pas de ce que notre salut s’est accompli lorsqu’une femme conçut dans son sein la chair du Tout-Puissant. Les deux sexes étaient tombés, les deux devaient être réparés. Par une femme nous avions été envoyés à la perdition ; par une femme nous a été rendu le salut. » « Par les mêmes voies par lesquelles la nature humaine avait péri, elle a été réparée par le Seigneur Jésus-Christ […] Par une femme la mort, par une femme la vie. » (S. Augustin)
-« C’est par une femme que la malédiction est advenue à la terre, c’est par une femme que la bénédiction lui est rendue. » (S. Pierre Damien)
« Bien que Dieu eût pu, comme il le voudrait, réaliser notre salut, il lui a plu davantage de se réconcilier l’homme de la même manière et selon le même ordre par lesquels il savait qu’il était tombé : de même que le diable a d’abord séduit la femme, puis vaincu l’homme par la femme, ainsi a-t-il été d’abord trompé (seduceretur) par une femme vierge, puis déconfit ouvertement par le Christ homme (viro). » (S. Bernard)
« Il fallait que, de même que la mort est entrée dans le monde par la femme, ainsi la vie y revînt par la femme. C’est pourquoi, ce qu’Eve a condamné, Marie l’a sauvé : la vie a ressurgi d’où la mort était issue . L’une a consenti au diable, et a mangé le fruit défendu ; […] l’autre a cru à l’ange, et à conçu le fils promis. » (Innocent III)
« L’ordre de la réparation correspond à l’ordre de la prévarication. » (S. Bonaventure)