Médaile de Saint Bénoît

Modernisme Et Catholiicté

TABLE DE NAVIGATION DANS LE DOCUMENT
Introducción
Le principe du Concile Vatican II
Pastoral et non dogmatique
La pastorale: l'attitude face au monde
La doctrine
Nouvelle dogmatique
Le présupposé phénoménologique
La foi
La Rédemption
L'Eglise
La morale et la politique
La mission de l'Eglise
L'Eglise-humanité
La personne divinisée
Reponse de la philosophie
Doctrine de l'Eglise
Conclusion

Introducción

A comparer la nouvelle cathédrale d'Evry et une église romane, on perçoit que la différence n'est pas seulement ni même premièrement d'ordre esthétique. L'opposition des architectures n'est qu'un conséquence d'une opposition plus profonde. Le monde contemporain connaît un bouleversement culturel, politique et religieux. Les structures sociales et économiques sont renversées. Comment l'Eglise n'en serait-elle pas affectée? On est tenté de voir dans la crise de l'Eglise une simple conséquence de la mutation du monde contemporain. Or nous savons que l'Eglise n'est pas un produit des forces économiques et politiques. Sans nier les influence des bouleversements politiques, économiques et culturels sur la vie de l'Eglise, on ne peut réduire sa crise à leur résultat. Où se situe le problème de l'Eglise contemporaine? Le Concile Vatican II l'a bien vu: c'est le rapport entre l'Eglise et le monde moderne. Accord de l'Eglise et du monde ou opposition? C'est sur ce point que porte la rupture. Cet opuscule entend exposer schématiquement les racines doctrinales de cette rupture.

Le monde contemporain connaît un bouleversement culturel, politique et religieux. Les empires, les états et les idéologies s'écroulent ou se transforment. Les structures sociales et économiques sont bouleversées. Comment l'Eglise n'en serait-elle pas marquée?
La crise de l'Eglise et la crise politique et culturelle sont concommitantes. L'histoire montre qu'il y a toujours interférence entre les crises religieuses et les crises politiques; pensons au schisme et au nationalisme byzantins, au protestantisme et au nationalisme allemands. Crise politique et crise religieuse ne sont pas indépendantes. Faut-il dire alors que la crise de la société est la cause de la crise de l'Eglise? Rien n'est moins sûr.
On est tenté de voir dans la crise de l'Eglise une simple conséquence de la mutation du monde contemporain. Or nous savons que l'Eglise n'est pas un produit des forces économiques et politiques. Sans nier les influence des bouleversements politiques, économiques et culturels sur la vie de l'Eglise, on doit donc nier que sa crise soit le résultat de ces bouleversements. Il y a une origine plus profonde.

De fait aujourd'hui on se représente l'Eglise catholique avec la variété de toutes les sociétés du monde actuel, avec une gauche et une droite, des conservateurs et des progressistes. A l'extrême gauche il y a les modernistes radicaux et la théologie de la libération. A l'extrême droite il y a le courant dit "Lefebvriste", ultra-conservateur, qui refuse toute vie et toute adaptation. Le juste milieu serait tenu par le pape et le cal. Ratzinger qui maintiennent semble-t-il la Tradition vivante de l'Eglise en l'adaptant aux exigences du monde contemporain. Cette diversité s'accompagne d'une diversité liturgique: célébrations en langue vernaculaire, autel face au peuple d'une part, messe en latin et autel face à Dieu d'autre part.
Si cette manière est sociologiquement vraie, elle fait fi des divergences plus profondes qui divisent l'Eglise. Ce n'est pas la sociologie qui peut expliquer la situation présente de l'Eglise, mais la théologie. Pour comprendre il faut aller aux racines doctrinales.
Depuis au moins deux siècles l'Eglise se trouve de plus en plus marginalisée face à un monde qui se construit sans elle, voire contre elle. N'est-ce-pas de sa faute? Que faut-il faire? Que faut-il dire? Comment faut-il lui annoncer le Christ ?
L'adaptation pédagogique et missionnaire à une situation pastorale concrète n'est pas une nouveauté. L'Eglise a toujours été missionnaire. Il n'était pas nécessaire de réunir un concile pour cela. L'objectif du Concile Vatican II est donc plus profond qu'une simple adaptation pédagogique et pastorale.

Le principe du Concile Vatican II

Pastoral et non dogmatique

Il y a eu dès le départ comme une attitude de mauvaise conscience face au monde. Si l'Eglise se trouve ainsi en échec, a-t-on pensé, c'est qu'elle n'a pas su s'adresser à ce monde. Elle doit se renouveler et mettre fin à son attitude d'opposition à ce monde. Telle est l'intuition fondamentale du Concile Vatican II. Le Concile n'est donc pas d'abord un ensemble de textes, mais une attitude, une prise de position. Il n'a pas l'intention de répondre à l'attente du monde par des énoncés dogmatiques ou des condamnations. Le Concile se veut ainsi pastoral et non pas dogmatique . C'est le premier Concile Oecuménique de l'histoire de l'Eglise qui opère cette distinction et se présente comme pastoral et non pas dogmatique. Jusqu'alors tous les conciles oecuméniques avaient procédé à des définitions et des énoncés doctrinaux, assortis de condamnation des erreurs. En conséquence de cette doctrine ces Conciles s'appliquaient à prendre des mesures concrètes pour réformer le clergé et les croyants, c'est à dire les rendre plus fidèles aux principes que le Christ avait établis en fondant l'Eglise. Ce faisant ils étaient simultanément dogmatiques et pastoraux.
Au contraire, Vatican II se déclare essentiellement pastoral. Les parties "dogmatiques" du Concile ne visent qu'à exprimer la doctrine dans un nouveau langage découlant de la pastorale. L'attitude pratique détermine donc l'enseignement doctrinal et non plus l'inverse. C'est déjà toute une orientation.

La pastorale: l'attitude face au monde

L'Eglise doit se renouveler en vue de s'adapter à sa mission dans le monde. La rénovation intérieure de l'Eglise se fait par son adaptation extérieure .
Adaptation extérieure: l'Eglise doit cesser de condamner et adopter une attitude d'ouverture et de compréhension aux idéaux du monde actuel . Elle doit renoncer à son attitude (et à sa doctrine?) antérieure .
Adaptation intérieure: pour réaliser cette adaptation extérieure l'Eglise doit réaliser en elle-même un "aggiornamento". Cet "aggiornamento" concerne toute la vie de l'Eglise: les laïcs comme les clercs et les religieux, l'enseignement de la doctrine comme la liturgie. D'où tout un ensemble de réformes qui vont bouleverser les moindres détails de l'Eglise.
On peut donc considérer le Concile de deux manières. Dans sa lettre (abstraite) il offre des textes que l'on peut interpréter et confronter avec les textes des Papes et des Conciles antérieurs. Cette lettre du Concile peut faire l'objet d'une explication spéculative. Dans une telle perspective on peut se demander si les textes du Concile sont conformes ou non à la Tradition de l'Eglise. Les "conservateurs" s'efforcent de montrer qu'il en est ainsi; les "traditionalistes" expriment au contraire des réserves sur certains textes, en refusent certains en acceptent d'autres. Pour les "progressistes" la non-conformité avec la Tradition n'est pas un problème.
Mais dans sa réalité concrète le Concile est avant tout un processus de transformation de l'Eglise, un processus qui doit se poursuivre, épouser et faire épouser à l'Eglise l'évolution du monde. Les documents présentent des textes contradictoires et sont ambivalents . C'est qu'ils sont dynamiquement chargés, de manière à maintenir suffisemment de tradition pour être acceptés par les conservateurs, et de manière à rester ouverts à des interprétations progressives et progressistes. Ce processus de réforme, de révolution, mis en oeuvre par ceux-là même qui ont composé les textes, fournit un éclairage complémentaire au précédent. C'est en interpétant les textes du Concile avec les commentaires des évêques et des théologiens qui l'ont fait, et en rapport avec les événements qui en sont la suite, que l'on peut saisir correctement la réalité concrète de l'événement Concile et que l'on peut comprendre la situation actuelle de l'Eglise.

Pour expliquer le déroulement de ce concile il faut aussi mentionner spécialement l'existence d'un courant de pensée très actif et organisé à l'intérieur même de l'Eglise, depuis la fin du siècle dernier. Ce courant, qui vise à réconcilier l'Eglise avec les idéologies du monde moderne, a été stigmatisé par le Pape saint Pie X dans l'encyclique "Pascendi": "Une tactique des modernistes (ainsi les appelle-t-on communément et avec beaucoup de raison), tactique en vérité fort insidieuse, est de ne jamais exposer leurs doctrines méthodiquement et dans leur ensemble, mais de les fragmenter en quelque sorte et des les éparpiller çà et là, ce qui prête à les faire juger ondoyants et indécis, quand leurs idées, au contraire, sont parfaitement arrêtées et consistantes ." Ce courant de pensée s'est maintenu et développé de manière plus ou moins insidieuse jusqu'à Vatican II. Il y eut une influence décisive et mena une action concertée avec des complicités parmi les plus hautes autorités de l'Eglise .

La doctrine

Pour réaliser l'adaptation au monde moderne, l'aggiornamento comporte une renonciation au langage scholastique et scientifique au profit d'un langage dit pastoral. Cette adaptation de langage va, chez certains théologiens, jusqu'à une nouvelle théologie devant donner naissance à une nouvelle Eglise; ce sont les modernistes radicaux. Pour d'autres, au contraire, "conservateurs", il s'agit simplement de changer l'expression de la doctrine, tout en la maintenant substantiellement. Les textes du Concile sont ouverts aux deux interprétations. Mais dans un cas comme dans l'autre il y a assimilation de la pensée moderne. Cette assimilation n'entend pas être d'abord une assimilation des doctrines modernes, mais, puisque le but est pastoral, une assimilation du langage. Or le langage est inséparable du mode de pensée et de la doctrine qu'il véhicule, surtout lorsqu'il s'agit de la pensée contemporaine, phénoménologique et existentialiste. D'où deux conséquences.

Le Concile n'énonce pas premièrement un enseignement doctrinal et magistral mais entend d'abord exprimer l'attitude pratique et la vie de l'Eglise dans le monde contemporain. Il adopte ainsi une attitude phénoménologique et existentialiste déterminante pour l'enseignement dogmatique. Par le fait même le Concile renonce à l'infaillibilité.
Dans son effort de compréhension du monde, refusant la précision scientifique du langage de la dogmatique traditionnelle, le Concile exprime la Tradition en la mêlant avec les schèmes des idéaux du monde contemporain. Ces idéaux ne sont pas d'abord religieux, philophiques ou spéculatifs, mais politiques. Le Concile va imprégner la doctrine de l'Eglise d'un idéal politique.
Tout cela fait du Concile Vatican II un concile à part, tout à fait atypique, qui ne peut donc être considéré comme un Concile Oecuménique de l'Eglise catholique à part entière et doué de l'infaillibilité des autes conciles oecuméniques.

Nouvelle dogmatique

Le présupposé phénoménologique

Dans une telle perspective les énoncés traditionnels de la foi ne sont pas niés, mais ils sont plus ou moins mis entre parenthèse. Il ne s'agit pas d'enseigner la vérité et de combattre l'erreur mais d'exprimer le message de l'Eglise et la manière dont elle voit le monde et dont elle vit dans les circonstances de ce monde; d'exprimer une expérience de vie et non pas d'énoncer ce qui est, d'affirmer une réalité.
Cette manière de concevoir la pastorale est étroitement dépendante des philosophies existentialistes et phénoménologiques, en particulier Husserl, Scheler et Heidegger. Elle conduit à une nouvelle dogmatique qui apparaît nettement dans les textes de Jean-Paul II et du cal. Ratzinter.

La foi

Les théologiens conciliaires (y compris Jean-Paul II et le cal. Ratzinger) expliquent la foi conformément à cette pensée contemporaine.
Quant à la nature de la foi. La foi est une pratique et un sens de vie communautaire et ecclésiale: accueil, réception d'un sens de la vie , espace spirituel , le sens d'un "toi" , acceptation de la réception de l'Eglise , une voie . La foi est donc essentiellement pratique, voire politique .

Quant à l'origine de la foi. Dieu se révèle à l'intime de la conscience de chaque homme. A cette première révélation, commune à tous les hommes, s'ajoute la révélation du Christ et de l'Eglise. Celle-ci se réalise dans le dialogue et la relation . La foi consiste à être ancré dans une "vérité" qui se révèle . La foi devient et se fait dans la réinterprétation et le dialogue des traditions et leur réinterprétation dans la vie de l'Eglise . Le dogme est l'expression d'une vie de foi de la communauté , le fruit d'un dialogue ecclésial . Cette vie de la tradition se fait par une "conscience plus complète du mystère du Christ", une "pleine et universelle autoconscience de l'Eglise . "

Quant à l'unité de la foi. De ce dialogue et de cette réinterprétation découle que la Tradition est vivante et évolutive. Mais la permanence de l'Eglise fonde la permanence du constitutif de la foi . L'unité de la foi est donc évolutive et sociologique. Le rôle du Magistère est de régler cette vie de la Tradition . Elle ne peut se réduire à une époque, contrairement à ce que veulent les libéraux (qui veulent revenir à l'Eglise primitive) ou les intégristes (qui veulent revenir au 19° ou au 16° siècle). C'est pouquoi la tradition de l'Eglise peut assimiler les valeurs modernes .

* Une telle conception est en contradiction flagrante avec la doctrine de l'Eglise catholique, et même des autres Eglises chrétiennes. L'Eglise n'a pas à se réconcilier avec la pensée moderne .
Cette nouvelle idée de la foi confond deux choses - intuition naturelle et existentielle de Dieu - foi théologale, adhésion surnaturelle à l'enseignement du Christ. Chaque homme peut avoir une connaissance naturelle de Dieu. Mais cette connaissance n'est pas la foi. La Révélation n'est pas un fruit de la conscience . Elle n'est pas une orientation pratique, encore moins politique.

Le catéchisme du Concile de Trente enseigne que la foi est "cette vertu par laquelle nous donnons un assentiment plein et entier aux vérités révélées par Dieu [...] nous tenons pour certain tout ce que l'autorité de la Sainte Eglise notre mère nous propose comme révélé de Dieu ." La foi est donc une vertu de l'intelligence. Croire c'est tenir pour vrai ce que le Christ a enseigné et qui est transmis par l'Eglise. Cette Révélation est objective et immuable. Le Magistère de l'Eglise conserve intact et immuable cette unique Révélation qui est contenue dans les Ecritures et la tradition non écrite. Si la Tradition est vivante c'est à la manière d'un organisme vivant qui reste identique à lui même, non pas comme le conçoit l'évolutionisme qui refuse la permanence essentielle des natures. Enfin cette Tradition est une doctrine qui dit ce qui existe, et non pas d'abord une morale ou une pratique, encore moins une politique .

La Rédemption

De part cette intuition immanente de Dieu, tous les hommes ont un itinéraire authentique vers Lui par delà la diversité des religions. Cette orientation vers Dieu donne à la personne humaine sa transcendance . La Révélation consistant en ce que le Fils de Dieu s'est uni à tout homme , la Rédemption consiste à manifester l'homme à lui-même et cette Rédemption est universelle, c'est à dire que tout est homme est déjà sauvé et incorporé au Christ . Pour vivre pleinement l'homme soit simplement prendre conscience de ce qu'il est et qu'il existe dans le Christ .

* Ceci est manifestement contraire à l'enseignement constant de l'Eglise catholique. Jean-Paul II confond ici trois choses: - la connaissance naturelle de Dieu, comme créateur de la nature, qui est effectivement possible à tout homme, présente chez les païens , et nécessaire au salut, mais qui ne suffit pas pour être sauvé - la foi surnaturelle en Dieu et en Jésus-Christ, comme auteur de la grâce et de la vie éternelle, qui ne sauve que si elle est accompagnée de la conversion morale - la croyance des religions païennes qui ne peut établir aucune relation avec Dieu et est un obstacle à la Rédemption: "Qui croira et sera baptisé, sera sauvé; qui ne croira pas, sera condamné" dit Notre Seigneur Jésus-Christ . D'après la Tradition catholique la Rédemption ne consiste pas à révéler l'homme mais à le racheter, à le sauver du péché et à lui communiquer la vie de Dieu, qui n'est pas la vie naturelle communiquée par la simple création et reçue à la naissance. Cette Rédemption est offerte à tous les hommes, certes, mais elle n'est reçue que par ceux qui acceptent l'enseignement du Christ et vivent conformément à cet enseignement. Tous les hommes ont la capacité, la possibilité d'être sauvés et d'être membres du Christ; mais seule une partie d'entre eux le sont effectivement.

L'Eglise

Chaque homme, étant sauvé est membre du Christ. Tout homme religieux et même celui qui vit dans la "nuit obscure" de l'athéisme est membre de l'Eglise . L'Eglise s'identifie à l'humanité. L'Eglise catholique n'est qu'une manifestation de cette Eglise universelle qui transcende les religions et les confessions. Les Eglises chrétiennes non catholiques sont donc des moyens de salut . Mais ceci s'étend aux autres religions. Les non chrétiens sont des chrétiens anonymes, c'est à dire qu'ils appartiennent au Christ sans en être conscients. C'est pourquoi les religions païennes sont des moyens de salut et des fruits de l'Esprit Saint . D'où l'oecuménisme, même avec les religions païennes. La manifestation d'Assise, où l'on alla jusqu'à autoriser des cultes païens à l'intérieur des églises , en est la conséquence logique, de même que les rencontres de Jean-Paul II avec les "prêtres" païens . *

Que cette doctrine soit étrangère à la Tradition catholique est évident. D'après l'enseignement de l'Eglise tout homme a la capacité de s'unir au Christ et à l'Eglise, mais ne leur sont unis effectivement que les hommes en état de grâce, c'est à dire communiant à la vie surnaturelle communiquée par le Christ aux membres de son corps mystique. La Rédemption est destinée à tout homme et possède la vertu infinie de sauver toute l'humanité. Mais, de fait, tous les hommes ne s'unissent pas au Christ. La Rédemption ne sauve que ceux qui acceptent d'être unis au Christ. L'Eglise n'est constituée que par les hommes qui sont en état de vie surnaturelle, ou qui l'ont été à un moment donné et en ont conservé la foi (ce sont les membres morts de l'Eglise). Ceux qui refusent l'enseignement du Christ et de l'Eglise ne sauraient en être membres - à moins que ce refus soit de bonne foi, par ignorance non coupable. Seule l'Eglise du Christ est moyen de salut.

Cette nouvelle dogmatique a ses conséquences pratiques.

La morale et la politique

La mission de l'Eglise

L'Eglise doit continuer l'oeuvre du Christ. La mission de l'Eglise consiste donc à annoncer que tout homme est sauvé et à proclamer ainsi sa dignité suprême .

L'Eglise-humanité

D'après la conception conciliaire, l'Eglise étant identique à l'humanité, celle-ci revêt tous les caractères de celle-là, à savoir son universalité et sa totalité. Dans l'Eglise en effet chaque personne est en communication immédiate avec le Christ. L'union au Christ donne à chaque personne une dignité absolue et sacrée. De ce point de vue tous les membres de l'Eglise sont égaux. Le Christ ne sauve pas des nations ou des sociétés; il sauve des personnes. Dans l'Eglise les personnes ont des droits inviolables et sacrés. De même, l'Eglise est universelle; elle transcende les sociétés, les races, les nations et les cultures. Dans la vie éternelle il n'y a aucune différence de sexe, de race, de culture, de société.
Mais si l'humanité se revêt des attributs du Corps Mystique du Christ, si l'on identifie l'Eglise et l'humanité, si l'on donne à la société humaine les caractères de la cité éternelle, que se passe-t-il? Tout converge alors vers une fraternité humaine universelle et transcendante. Cette humanitée efface toute différence nationale, religieuse ou culturelle. Les personnes y sont absolument égales et leurs droits politiques sont divins et sacrés.
Cet idéal n'est pas autre chose que l'idéal des droits de l'homme de la Révolution française et de l'O.N.U.

La Révolution Française ne fut pas seulement, ni même d'abord, un changement de régime politique, mais elle fut essentiellement un bouleversement social et religieux, préparé par les "philosophes" du XVIII° siècle, substituant à une société chrétienne et hiérarchique, une société laïque et égalitaire. La déclaration des droits de l'homme de 1789 proclame la liberté absolue des hommes à l'égard de toute autorité. Les seules limites assignées à cette liberté sont l'autorité de l'état et la liberté des autres. En conséquence l'autorité de l'Eglise et celle des hiérarchies naturelles (familles, corps sociaux) sont évacuées .
Le Pape Pie VI qualifiait cette liberté de "droit monstrueux", "droit chimérique " et, dans l'encyclique Adeo nota il affirmait que les droits de l'homme sont "contraires à la religion et à la société."

Cet idéal humanitariste mondial est "baptisé" par le Concile et par Jean-Paul II qui le fixe ainsi comme but de l'Eglise Catholique . Le but de l'Eglise depuis le Concile est donc de construire cette fraternité universelle .
Se mettant au service de l'humanité l'Eglise doit donc renoncer à son autorité spirituelle et à l'idéal de Chrétienté .

Cet abandon de toute autorité sur le monde temporel et politique est contraire à la doctrine constante de l'Eglise. La vie chrétienne doit s'incarner dans les institutions et dans la vie publique. Elle n'est pas une question purement privée et subjective. C'est pourquoi le pouvoir politique, tout en étant distinct du pouvoir spirituel de l'Eglise, ne saurait en être indépendant .

La personne divinisée

La personne humaine étant divinisée et considérée comme un absolu, le but de toute société est d'en promouvoir la liberté et la dignité. La personne transcende toute communauté politique, nationale, provinciale ou même familiale. Tout doit être fondé sur la dignité de la personne humaine. Rien ne peut s'opposer à sa liberté absolue, sinon celle des autres. Liberté absolue, donc, de pensée, d'expression et de religion . D'où les droits les plus divers, les droits de la femme, les droits de chaque individu et de chaque minorité face à l'autorité. Et le Vatican d'intervenir fréquemment pour prendre la défense des criminels condamnés à mort.
De par l'héritage catholique l'Eglise conciliaire continue de refuser avortement et contraception; elle a, apparemment, la même morale que l'Eglise catholique. Mais cette morale est fondée sur le respect de la personne et la fraternité universelle . Elle ne s'impose pas. Elle n'est qu'un idéal de pureté, une invitation non pas une obligation.
De par cette dignité les personnes sont égales. Toute inégalité, toute différence est une injuste discrimination. D'où l'égalité de l'homme et de la femme au point de détruire l'autorité du père de famille .

Réponse de la philosophie

Cet idéal humanitaire, pour être séduisant, n'en est pas moins une utopie ruineuse contraire à la saine philosophie et au simple bon sens.
Si la personne humaine est par son âme immortelle une réalité absolue et première dans l'ordre surnaturel et dans l'ordre de l'être ( ou de l'existence métaphysique), au contraire, dans l'ordre de l'agir naturel, ou, si l'on préfère, dans l'ordre de la vie humaine concrète, il n'en est rien. "L'homme est naturellement un animal politique" dit Aristote. Chaque homme nait est vit dans une communauté familiale, provinciale, nationale, professionnelle, culturelle... La communauté politique est première par rapport à la personne humaine. La personne est à la société comme une partie au tout, et, comme telle, ordonnée au tout . C'est dans les diverses communautés dont il fait partie que l'homme trouve son achèvement et son épanouissement. C'est précisément grâce à ces communautés et dans ces communautés (famille, village, province, pays), hiérarchisées et ordonnées entre elles, que l'homme peut exercer et épanouir sa liberté. Le bonheur n'est pas une chose privée mais une réalité commune. C'est grâce à l'éducation qu'il reçoit, c'est par la soumission aux autorités et au bien commun - ce qui requiert certaines contraintes, voire certaines sanctions - que l'homme peut se développer spirituellement et corporellement. Par conséquent il ne saurait y avoir de liberté absolue. Tout ce qui va contre le bien commun politique ou familial est justement réprimé par l'autorité. L'idéologie humanitaire est un droit universel à la révolte et à l'indépendance contre toute autorité, sauf celle de l'humanité, c'est à dire celle de l'O.N.U. ou du pouvoir "démocratiquement" élu.
Faisant partie de communautés l'homme en est l'héritier. Il hérite d'un corps, d'une langue, d'une culture, d'une histoire, d'un patrimoine. Ces héritages sont la source de l'inégalité. Toute société est hiérarchique. Détruire la hiérarchie c'est détruire l'autorité naturelle de la société et la remplacer par les pouvoirs parallèles constitués par les puissances d'argent et les maffias. Pour établir l'utopique égalité il faut détruire ce qui constitue l'héritage: famille , nation, corps sociaux et les remplacer par des administrations dont on dénonce le caractère anonyme, mais devant lesquelles tous sont égaux - sauf ceux qui sont plus égaux que les autres, les privilégiés du régime ou du parti au pouvoir. L'homme des droits de l'homme est un homme abstrait et apatride .
C'est pourquoi toutes les révolutions s'acharnent à détruire les communautés naturelles. Telle a été l'oeuvre du communisme qui voulait établir l'égalité absolue et la société sans classes. C'est au nom de cette utopie que les guerres et les masscres se succèdent dans le monde depuis deux siècles. Non seulement l'idéologie des Droits de l'homme ne n'oppose pas au communisme, mais elle en est l'origine. Le communisme ne fait que réaliser cette fraternité universelle par la dictature du prolétariat. Si la personne humaine et la liberté sont absolues, le socialisme international et le moyen le plus efficace de réaliserl'égalité et la fraternité. De fait, depuis le Concile, le Vatican n'a cessé de collaborer avec les pouvoirs communistes (jusqu'en 1991...). Le Concile a même refusé de condamner le communisme .

Doctrine de l'Eglise

Grégoire XVI parlait de : "cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire: qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Eglise et de l'Etat, va se répandant de toutes parts [...] pour amener la destruction des Etats les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n'a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations. A cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funesse, liberté excécrable ". Tout au long du 19° et du 20° siècles l'Eglise n'a cessé de condamner cet idéal .

Conclusion

De manière subtile et progressive une idéologie humanitaire s'est introduite dans l'Eglise catholique. En renonçant au langage dogmatique, dans une volonté de compréhension du monde, les hommes qui sont aujourd'hui à la tête de l'Eglise catholique ont assimilé les idéaux de la Révolution. Cette idéologie humanitaire est maintenant prêchée par la plus haute autorité de l'Eglise.
La foi est une expérience existentialiste, qui évolue et qui réinterpréte constamment l'héritage de la Tradition. L'Incarnation et la Rédemption sont la révélation de la dignité de la personne humaine. La mission de l'Eglise consiste à promouvoir cette dignité par la prédication des droits de l'homme et à travailler à la construction d'une société fraternelle oecuménique universelle.
Cette idéologie est une utopie révolutionnaire totalement contraire à tout ce que l'Eglise a enseigné depuis les apôtres jusqu'au Concile Vatican II exclu.
Il est vrai que par le Christ la personne humaine atteint à une dignité sacrée. Il est vraie que par le Christ tous les hommes sont égaux et frères les uns des autres. Mais ce qui est vrai dans l'ordre surnaturel et sacré, ce qui est vrai dans la vie éternelle et divine à laquelle tous les hommes sont appelés mais dans laquelle ils ne sont pas encore entrés, est faux de leur vie terrestre et temporelle. C'est précisément l'idéal mondialiste et humanitaire qui fait descendre sur terre ce qui ne peut se réaliser qu'au ciel.
Se mettant au service de la construction d'une fraternité humaine universelle l'Eglise conciliaire renouvelle l'erreur du millénarisme et de la gnose. Cette monstrueuse tromperie est sans nul doute la plus subtile et la plus effroyable des hérésies que l'Eglise n'ait jamais connue.



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