Médaile de Saint Bénoît

Novices

Bien chers novices,

C’est à vous que je m’adresse aujourd’hui. Vos premiers pas dans la voie monastique sont entourés par l’intercession toute fraternelle de nos chers aînés, S. Maur et S. Placide. Leur fête est donc toujours pour vous l’occasion de rafraîchir les liens de charité fraternelle qui vous unissent à eux dans le sein de notre Père S. Benoît, et aussi de creuser davantage le sens de votre vocation monastique.
« Est moine celui qui dirige son regard vers Dieu seul, qui s’élance en désir vers Dieu seul, qui est attaché à Dieu seul, qui prend le parti de servir Dieu seul et qui, en possession de la Paix avec Dieu, devient encore cause de Paix pour les autres. »
Vous connaissez bien, chers novices, cette magnifique définition du moine que nous a laissée S. Théodore Studite. « Est moine celui qui dirige son regard vers Dieu seul. » Cette première phrase contient tout le reste. Dieu seul : c’est Dieu qui est le principe et la fin de notre vie monastique. Dieu, par son excellence même, suscite la vie contemplative. Dieu mérite infiniment que des créatures se livrent, se consacrent tout entières, pour toujours et exclusivement, à le regarder. C’est cela qui est la vérité, c’est cela qui est l’ordre, c’est cela qui est la norme. Parce que Dieu, vous le savez, est infini dans ses perfections. Il est la Vérité, le Bien, la Beauté souveraine. La vie monastique n’est qu’un témoignage rendu à la transcendance de Dieu, la consécration totale de l’existence humaine au service du Seigneur. « Nous voulons constituer une école du service du Seigneur. » Dieu est tout et, parce qu’il est tout, il mérite qu’on lui donne tout. « Est moine celui qui prend le parti de servir Dieu seul. » Cela est si vrai, si évident, que ce nom même de moine a toujours été interprété par la Tradition de nos saints Pères comme caractéristique de cette préoccupation exclusive.
Ceci une fois compris, dire que la vie monastique est essentiellement contemplative, un regard fixé sur Dieu, c’est définir le moine comme homme d’oraison. « Est moine celui qui s’élance en désir vers Dieu seul. » Le moine est un être d’oraison. La prière le constitue comme son acte propre. « Toute la perfection du moine, nous enseigne Cassien, consiste dans une persévérance inlassable dans la prière. » La vie monastique ne comprend pas la prière comme une occupation parmi les autres. Aussi bien, tout dans notre sainte Règle, vise à permettre d’atteindre à la plénitude de la prière, à la pureté du cœur.
« Est moine celui qui est attaché à Dieu seul. » La solitude est sainte quand elle est un instrument de la recherche de Dieu. Si la solitude du moine peut paraître, à première vue, être seulement une fuite du monde, ce n’est pas cet aspect négatif qui lui donne son sens premier ; ce qui lui donne sa valeur fondamentale, c’est d’être une poursuite de Dieu. C’est cela la sainteté de la solitude monastique : elle est un signe d’appartenance à Dieu, de la docilité de l’âme à son appel. La sainte solitude est toute référence à Dieu, elle doit être recherchée, pratiquée et aimée comme condition d’une plus profonde intimité avec Dieu. Cet appel au désert, qui se pose d’une façon primordiale à l’éveil d’une vocation monastique, se posera aussi tout au long de votre vie : il sera toujours question pour nous, moines, de gagner cette cellule intérieure que nous portons au fond de notre âme pour être à l’écoute de l’appel de Dieu. Ausculta, o fili. Attitude de l’âme silencieuse, unifiée, pacifiée, fixée en Dieu. Affranchie de toute multiplicité, ayant effacé tout partage, toute contradiction, elle est simple, elle n’a qu’un regard, un amour, une fin.
C’est vers la Splendeur du Seigneur, vers la lumière de la vie éternelle que nos frères Maur et Placide nous orientent. Notre vie est d’attendre la bienheureuse espérance et la manifestation de la Beauté de la Trinité sainte. C’est ce que nous chanterons ce soir aux vêpres : « Nulle oreille n’a entendu, nul œil n’a vu, o Dieu, vous excepté, ce que vous avez préparé pour ceux qui vous aiment. » Ainsi soit-il.

Armoiries de Bellaigue