Médaile de Saint Bénoît

La Prière

La prière prend sa source dans la grâce baptismale. Le baptême nous a consacrés et a établi entre nous et Dieu un lien d'amitié et de filiation. La prière n'est que l'actualisation de cette amitié, l'exercice de notre filiation divine.
"Le chrétien n'est vraiment lui-même que dans la prière. Le Christ lui-même en est la meilleure démonstration. Car son être, sa relation à son Père, ne se manifestent-ils pas justement dans sa prière ? Les disciples, en tout cas, l'ont ainsi compris, et quand il lui demandèrent: Seigneur, apprenez-nous à prier!, Jésus leur a légué le Notre Père. Avant même qu'il y ait un Credo comme somme de la foi chrétienne, ce texte tout simple récapitule exactement, en forme de prière, l'essence du christianisme: cette relation entre Dieu et l'homme que le Fils unique de Dieu fait homme a établie en sa propre personne ." Toute notre vie est radicalement orientée vers la prière: "vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose pas en vous."

C'est pourquoi "toute la perfection du cœur consiste en une persévérance ininterrompue de prière. Autant qu'il est donné à la fragilité humaine, c'est un effort vers l'immobile tranquillité d'âme et une pureté perpétuelle ."
"C'est alors que nous verrons parfaitement réalisée la prière que notre Sauveur fit à son Père pour ses disciples : Afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et eux en nous ; Afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu'eux aussi soient un en nous ! La parfaite dilection dont Dieu nous aima le premier passera en notre cœur par l'accomplissement de cette prière du Seigneur, dont notre foi nous dit qu'elle ne saurait être vaine. Et voici quels en seront les signes: Dieu sera tout notre amour et notre désir, toute notre étude et tous nos efforts, toute notre pensée, toute notre vie ; et l'unité qui est celle du Père avec le Fils et du Fils avec le Père nous sera communiquée dans le sentiment et l'esprit; et, de même que Dieu nous aime d'une charité vraie et pure, et qui ne meurt point, nous lui serons unis par l'indissoluble unité d'une dilection sans défaillance: tellement attachés à lui, que toute notre respiration, toute notre vie d'intelligence, tout notre parler ne seront que lui. Ainsi parviendrons-nous à la fin que nous avons dite, et que le Seigneur souhaitait pour nous, dans sa prière: Afin que tous soient un, comme nous sommes un, moi en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'un; Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils soient avec moi! "

Notre Seigneur n'a pas dit : priez à telle heure, pendant tant de minutes, mais il faut prier sans cesse, sans interruption (Luc 18,1). C'est aussi le précepte de l'Apôtre: Priez sans cesse (I Thess. 5,17). La prière doit imprégner toute notre vie et ne pas être une activité marginale, réservée à certaines heures ou à des "spécialistes".
Elle est l'annonce et le commencement de la vie éternelle à laquelle nous sommes tous appelés. C'est à quoi doit tendre tout l'effort du chrétien : "mériter de posséder, dès cette vie, comme un avant-goût, dans son corps mortel, de la vie et de la gloire du ciel. Tel est, dis-je, le terme de toute la perfection: que l'âme soit à ce point délestée des pesanteurs charnelles, qu'elle monte chaque jour vers les sublimités des réalités spirituelles, jusqu'à ce que toute sa vie, tout le mouvement du coeur deviennent une prière unique et ininterrompue ."

C'est pourquoi la prière n'est pas réservée à certains moments. Ce qui importe avant tout, ce n'est pas la longueur des temps de prière, c'est d'avoir l'esprit de prière. Il ne s'agit pas d'y ajouter du temps, mais de transformer tout en prière: travail manuel ou intellectuel, enseignement, promenade, conversation, repas…
On posait à un Père cette question: comment peut-on prier en tout temps? Car le corps se fatigue au service divin. Réponse: la prière dont il est parlé ne consiste pas seulement à se tenir en prière en un moment déterminé, mais toujours. Question: comment toujours? Réponse : soit que tu manges, soit que tu boives, soit que tu marches sur le chemin, soit que tu fasses un travail quelconque, ne t'écarte pas de la prière.
"Car il ne faut pas tantôt prier, tantôt non, quand on veut se défaire de sa pourriture; il faut toujours s'adonner à la prière dans la garde de l'intelligence, même si l'on séjourne hors des maisons de prière. En effet, de même que si l'on veut purifier de l'or, laisserait-on même un instant chômer le feu du creuset, on rend la dureté au métal que l'on purifie, de même celui qui ne se souvient de Dieu que par intermittence perd par son chômage ce qu'il croit acquérir par la prière. Le propre de l'homme ami de la vertu est de consumer sans cesse par la pensée de Dieu ce qu'il y a de terrestre dans son cœur, afin qu'ainsi peu à peu le mal soit dissipé par le feu du souvenir du bien et que l'âme revienne parfaitement à son éclat naturel avec une splendeur accrue ."
Un Père a dit: Dans les églises on célèbre le culte, et là habite l'Esprit-Saint. Mais que ton âme elle aussi soit l'église de Dieu; pour celui qui prie sans cesse, le monde entier devient église

Les statuts des Oblats sont apparemment peu exigeants par rapport à la prière : - chaque jour deux heures canoniales, qui peuvent se réduire à l'Office simplifié des oblats - une messe hebdomadaire en plus du dimanche – s'appliquer régulièrement à la prière silencieuse et à la lecture spirituelle, sans autre précisions. Des confréries et des Tiers-Ordres donnent à leurs membres des livrets de prières et des directives plus contraignantes. Pourquoi ne donnons-nous rien de spécial? Tout d'abord, nous avons en vue la diversité des situations. Une personne veuve et retraitée et une mère de famille nombreuses ne peuvent disposer du même temps pour leurs exercices de piété. Pour certain la récitation intégrale du bréviaire est des plus convenables. Pour d'autres ce serait un fardeau insuportable.
Ensuite, nous n'avons rien d'autre à proposer que ce que l'Eglise propose elle-même. C'est aux sources mêmes de la prière de l'Eglise que nous vous proposons de vous alimenter, à savoir :
- la Sainte Ecriture, essentiellement le Saint Evangile (les autres textes du Nouveau Testament et, a fortiori, ceux de l'Ancien Testament, sont d'accès plus difficile)
- le missel (complet, avec la messe quotidienne et les vêpres), dans lequel on trouvera une grande richesse de textes, merveilleusement adaptés pour chaque temps et même pour chaque jour de l'année liturgique
- le psautier, dans la forme de l'Office divin , qui peut être abrégé en Office de la Sainte Vierge, voire dans l'Office des Oblats ; c'est la prière inspirée par Dieu à son Eglise.
Ces textes sont parfois difficiles à saisir et à appliquer à notre vie quotidienne. Sans prétendre que obscurité soit synonyme de profondeur, nous pouvons sans crainte affirmer que l'effort que nous voudrons bien consacrer à entrer dans cette prière inspirée sera largement récompensé par une lumière et une charité plus intenses. " Ce que l'on obtient trop aisément et trop vite, n'attire pas les âmes profondes. Elles devinent un bien superficiel ne pouvant rassasier la riche capacité de leur nature. C'est une loi que les vrais trésors sont enfouis profondément, cachés avec soin, que les acquisitions sérieuses exigent des efforts proportionnés. Dieu est le trésor sans prix. La facilité à se donner détournerait de Lui les meilleurs ." Dans ce but nous publierons régulièrement un commentaire simple de l'Office et des psaumes. Tous ces textes peuvent être priés sur simple lecture, comme lorsqu'on récite l'Office divin. Ils peuvent aussi nourrir une méditation qui s'élèvera en prière, puis en contemplation .
"Un jour, pendant le travail manuel, je commençai à penser à l'exercice spirituel de l'homme, et tout à coup s'offrirent à la réflexion de mon esprit quatre degrés spirituels : lecture, méditation, prière, contemplation. C'est l'échelle des moines, qui les élève de la terre au ciel. Certes, elle a peu d'échelons ; elle est immense pourant et d'une incroyable hauteur. Sa base repose sur la terre, son sommet pénètre les nuées et scrute les secrets des cieux. […] La lecture est l'étude attentive des Ecritures, faite par un esprit appliqué. La méditation est une opération de l'intelligence, procédant à l'investigation studieuse d'une vérité cachée, à l'aide de sa propre raison. La prière est une religieuse application du cœur à Dieu pour éloigner les maux ou obtenir des biens. La contemplation est une certaine élévation en Dieu de l'âme attitrée au-dessus d'elle-même et savourant les joies de la douceur éternelle ."




Armoiries de Bellaigue